Le mythe des chemins de Compostelle

Au cours de cette conférence, Sébastien Fray, maître de conférence en histoire du moyen âge, nous a démontré que les quatre grandes voies conduisant à Saint Jacques de Compostelle ( via Turenonsis, via Lemovicensis, via Tolosana, via Podiensis) sont en fait une construction contemporaine des années 50 mais en aucun cas n’existaient au moyen âge et au cours des siècles suivants. Certes, le 5ème livre du Codex Calixtinus ou Liber Sancti Iacobi, datant du 12ème siècle, contient bien la mention de ces quatre chemins « Il y a quatre routes qui, menant à Saint-Jacques, se réunissent en une seule à Puente la Reina, en territoire espagnol… » mais il s’agissait plus d’une énumération des principaux sanctuaires de l’époque et avait pour but de drainer les pèlerins visitant ces lieux vers Saint Jacques de Compostelle. D’ailleurs, ce livre, écrit en latin dans une édition luxueuse, a été très peu diffusé et est resté conservé à Compostelle. C’est donc à tord que Jeanne Viellard qui en a assuré la traduction française en 1938 a intitulé ce livre « Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle ». Les pèlerins empruntaient les routes existantes. Ils affectionnaient aussi les occasions de se réjouir, se rendant à plusieurs tournois. En chemin, ils faisaient du commerce ou pratiquaient leur métier. Ils n’oubliaient pas non plus la piété et faisaient des détours pour honorer de célèbres reliques. Le chemin le plus court n’a pas de signification pour eux. D’ailleurs, on ne dira jamais assez qu’un des principaux axes vers Compostelle était autrefois la voie maritime.

Le Puy, point de départ vers Compostelle ?

La aussi, Sébastien Fray qui s’est particulièrement intéressé à l’histoire du Puy en Velay, nous affirme que le « chemin du Puy à Compostelle est un mythe. C’est aussi une invention du XXème siècle. Il n’y a jamais eu au moyen âge de chemin du Puy à Compostelle. Ce mythe en dit beaucoup plus sur nous et notre société que sur les gens du moyen âge ». Il nous démontre comment s’est construit ce mythe qui fait aujourd’hui du départ du Puy le principal lieu de départ vers Compostelle (plus de 50 % des départs). L’évêque du Puy, Godescal, s’est bien rendu en Galice en 951 mais pour une autre raison et il n’a jamais emprunté le GR65 mais est passé plutôt par la vallée du Rhône ou selon Sébastion Fray par le chemin de Regordane qui reliait Paris à Saint Gilles du Gard en passant par le Puy.

En conclusion : « Il y a bien eu un pèlerinage à Compostelle au moyen âge mais pas de chemins. Le rôle du Puy dans le pèlerinage au moyen âge n’existe pas. En revanche, le Puy a été un centre majeur de dévotion mariale au moyen âge mais le chemin du Puy est un phénomène contemporain et c’est aussi très bien comme ça ! »